Les Actes du Forum de l'U.M.A. - Juin 1997

Table des matières

LES ATELIERS

Première partie : Vers l'autonomie

II. Adaptation / Réadaptation
Autonomie : une introduction à l'atelier

En guise d'introduction aux propos de mes collègues, j'aimerais vous faire part de quelques réflexions et perceptions sur ce thème de l'autonomie, dans le but de tenter d'en dégager certains points pouvant faire l'objet d'échanges, non seulement dans le cadre de cette rencontre, mais aussi dans une perspective de collaboration future.

On peut se demander, dans un premier temps, ce que signifie le mot "autonomie" dans un contexte d'adaptation/réadaptation. Pour une personne atteinte de déficience visuelle, on peut dire, de façon générale, qu'être autonome signifie être capable de rencontrer les objectifs qu'elle s'est fixés. Pour être plus précis, j'ajouterais que c'est d'être en mesure d'effectuer les activités fonctionnelles, sociales ou professionnelles correspondant à son âge, ses capacités et son milieu de vie. L'adaptation - et la réadaptation - consistent donc, si l'on tient compte de cette définition, à acquérir ou à retrouver un certain niveau d'autonomie.

Être autonome, c'est avant tout une démarche personnelle qui découle des objectifs de vie de chaque personne aveugle, de ses besoins et de ses ressources. La démarche personnelle n'est pas pour autant une démarche solitaire. La personne aveugle aura besoin d'être accompagnée dans sa quête d'autonomie. Pour l'enfant aveugle et, par conséquent, en processus d'adaptation, cet accompagnement relève en grande partie du ressort familial. Pour l'adulte, par contre, qui a des besoins spécifiques de réadaptation, ce sont principalement des professionnels qui offriront un soutien temporaire.

La réadaptation (en Europe, on parle plutôt de rééducation) constitue avant tout un processus d'intervention individualisé. Les besoins de réadaptation doivent être établis en fonction des activités quotidiennes de la personne, que ce soit par rapport à ses déplacements, son alimentation ou sa façon d'accéder à l'écrit ou de communiquer avec le monde extérieur, - pour n'en nommer que quelques-unes. Les interventions doivent également être ajustées à son milieu de vie. L'individu est au coeur même du processus de réadaptation et c'est pourquoi il est essentiel d'aborder la réadaptation sous l'angle de la personne.

Mais la réadaptation n'est pas quelque chose d'uniforme à travers le monde. Elle doit tenir compte de la réalité propre à chaque pays. En effet, il faut convenir que le concept de réadaptation se modifie d'un pays à l'autre sous l'impact non négligeable de facteurs démographiques, économiques, sociaux, technologiques et culturels propres à chacun d'eux, de telle sorte que les moyens utilisés pour dresser l'analyse des besoins et y répondre efficacement varieront en conséquence. On observe malgré tout, depuis quelques années, des tendances communes à l'ensemble des pays industrialisés, tendances qui découlent de ces facteurs et qui affectent la planification des services de réadaptation. Au Canada, par exemple, il est de plus en plus question de la diminution des fonds publics et du vieillissement de la population. Il n'en demeure pas moins, à mon avis, que l'équation besoins-capacités-ressources-réadaptation-autonomie continue d'être une réalité qui s'applique à toutes les personnes aveugles de par le monde.

On note également des courants communs sur le plan conceptuel. La Classification Internationale des Déficiences, Incapacités et Handicaps proposée par l'Organisation mondiale de la Santé en est l'un des exemples les plus frappants.

À notre avis, ce modèle permet de favoriser l'utilisation d'un langage normalisateur et rigoureux lorsqu'il s'agit de définir des notions telles que le degré d'autonomie ou de handicap. De plus, un tel modèle favorise une approche quantitative de l'évaluation des capacités et incapacités de la personne, ainsi que des résultats du processus de réadaptation. Cela ne peut que favoriser le développement de la recherche et la collaboration entre les pays francophones.

Bien entendu, il est important de veiller à ce que l'utilisation de grilles d'évaluation et de mesures des résultats ne se fasse pas au détriment de l'approche personnalisée et du respect de l'individu. En tant que professionnels ou gestionnaires, nous devons nous préoccuper avant tout des conséquences personnelles, fonctionnelles, sociales et communautaires de la déficience visuelle, et non pas des statistiques.

L'équilibre entre les dimensions qualitative et quantitative de la réadaptation demeure à notre avis un objectif réaliste. Il faut cependant poursuivre notre recherche (pas nécessairement dans le sens scientifique) afin d'identifier les moyens d'intervention qui favoriseront l'atteinte d'une plus grande autonomie de la personne, tout en respectant son identité.

C'est sur cette base que nous devons établir une collaboration nous permettant de confronter et de partager nos perceptions réciproques de ce qu'est l'autonomie et de mettre en commun les outils disponibles pour atteindre cet objectif.

Pierre Rondeau
Psychologue
Institut Nazareth et Louis-Braille (INLB)
(Québec)


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