Remplacer le Lucentis par l'Avastin?

20 janvier 2012

Le Devoir
20 janvier 2012
Actualités
Amélie Daoust-Boisvert

L'Avastin est 30 fois plus abordable que le Lucentis pour le traitement de la dégénérescence maculaire. Il serait aussi efficace, selon les études scientifiques. Mais voilà, ce médicament n'est pas approuvé officiellement pour un usage ophtalmique. Un avis de Santé Canada, en décembre, est venu brouiller les pistes un peu plus en soulignant des effets secondaires certes rares, mais graves.

Québec pourrait-il remplacer le Lucentis par l'Avastin?

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, attend que l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS) se prononce pour trancher. Même si l'Avastin coûte 50 $ par dose, contre 1575 $ pour le Lucentis, le choix ne reposera pas sur le coût. «Les patients auront le meilleur traitement possible», assure la porte-parole du ministre, Natacha Joncas Boudreau. Injectés dans l'oeil, ces deux médicaments permettent de ralentir la progression de la dégénérescence maculaire humide liée à l'âge, une affection de la rétine qui peut rendre aveugle.

Effets secondaires

L'INESSS doit publier un avis à l'automne 2012. En attendant, la semaine dernière, l'institut a mis en ligne ses notes préparatoires sur le sujet. Les études scientifiques montrent «qu'il n'y a pas de différence statistiquement significative en matière d'efficacité» entre les deux médicaments ni entre leurs effets indésirables à court terme. Remplacer l'un par l'autre pourrait rimer avec une facture 30 fois moins élevée, soulignent encore les auteurs de ces notes.

Mais les experts de l'INESSS se demandent ce qu'il en est des effets secondaires à long terme.

D'autant plus que Santé Canada a lancé, en décembre dernier, une mise en garde contre le médicament. Quelques patients américains ont souffert d'effets secondaires graves, dont la cécité. La contamination des fioles lors de leur utilisation pourrait être en cause.

Offrir les deux

Le Docteur Jean Daniel Arbour rappelle que l'Avastin est utilisé depuis déjà six ans au Québec. Si son usage est répandu, il ne croit pas qu'il remplacera le Lucentis à court terme. «Nous ne connaissons pas ses effets secondaires à long terme, alors certains hésitent à l'utiliser, dit le président sortant de l'Association des médecins ophtalmologistes du Québec. La meilleure solution, c'est d'offrir les deux et de laisser le médecin choisir le meilleur traitement pour son patient.»

Même si les hôpitaux, où les traitements contre la dégénérescence maculaire doivent être rapatriés, ne sont pas prêts en juin, le ministre Yves Bolduc assure que les patients n'auront pas à payer pour recevoir le traitement en clinique.